Histoire du festival

Entretien avec le fondateur du Festival national du court métrage Handica, Gilles Barbier

Comment est née l'idée d'un festival dédié aux réalisations mettant en scène personnes handicapées et situations de handicap ?

Gilles Barbier : Au milieu des années 90, j'ai été nommé régisseur général du Festival National de la communication d'Entreprise, plus connu sous le nom du Festival de Biarritz. Michel Frois, directeur du service communication du CNPF (Médef) durant vingt ans, avait créé le Festival de Biarritz pour valoriser les compétences et les engagements des entreprises, via l'image. Avec ce dernier, nous avions coutume de faire des repérages les semaines précédant l'événement. J'en profitai alors pour lui parler du salon Handica que j'organisais et des problématiques de l'intégration des personnes handicapées dans notre société. J'insistais souvent sur le fait que l'un des principaux obstacles auxquels sont confrontées les personnes handicapées est la perception fausse des « valides » du handicap et des situations qu'il induit.

En 1996, je lui annonçai que je créerai un jour un festival audiovisuel qui aurait pour vocation de mieux faire connaître les personnes handicapées et mieux comprendre les situations de handicap. Je me souviens de son sourire pétillant que j'aurai aimé revoir pour la première édition de notre Festival dont il fut, à titre posthume, le président d'honneur.

Sept ans plus tard, en 2003, lorsque vous créez le festival national du court métrage Handica, quels sont les challenges de cette première édition ?

Gilles Barbier : Il faut bien dire que l'équipe organisatrice, composée de Marie-Stéphane Courcier (actuelle secrétaire générale de l'association), de Gaëlle Leroux et de Sébastien Venuat, est partie à l'aventure. Existait-il des images de qualité ? Les réalisateurs seraient-ils au rendez-vous (car le risque de stigmatisation était réel) ? Comment les associations de parents et de professionnels allaient-elles accueillir cette initiative alors que la représentation des personnes handicapées à l'image était et est encore problématique ?
Notre premier challenge était bien sûr de recevoir le plus grand nombre possible de courts métrages. Nos efforts de communication tant auprès des associations que des professionnels de l'audiovisuel n'ont pas été immédiatement couronnés de succès. Trois mois avant l'ouverture du Festival, nous n'avions reçus que trente films ! Puis tout s'est accéléré à quelques jours de la date de clôture. Plus de 120 courts métrages ont été inscrits pour cette première édition ! Les prix furent remis par la secrétaire d'Etat aux personnes handicapées, le ministre de la jeunesse et sport et différentes personnalités lors du salon Handica, en mars 2003.

Remise des Prix 2003

Ce premier succès, l'accueil du public et des institutions vous encourage à poursuivre l'aventure. Comment concevez-vous la seconde édition ?

Gilles Barbier :
Les films primés en 2003 ont été diffusés dans des colloques et par des média. Ils ont été vus par des personnes concernées et non concernées par le handicap. Des articles de presse dans des revues généralistes et audiovisuelles ont donné un écho positif de notre initiative. Nous avons alors mesuré que la seconde édition du Festival national du court Métrage Handica était attendue tant par les associations que par les professionnels de l'audiovisuel.
Nous avons demandé à un professionnel du monde du handicap et à un journaliste spécialisé dans l'audiovisuel de constituer une direction artistique partagée. Pascal Dreyer et Vincent Raymond ont, depuis cette seconde édition, la responsabilité de visionner l'intégralité des films reçus, de les classer et de construire la présélection qui sera soumise au jury. Ils participent aussi activement à la vie du festival entre deux éditions. La qualité et le nombre de films reçus pour l'édition 2005 ont confirmé la pertinence du Festival et son rôle social et éducatif, au-delà de la compétition et des remises de prix. Ainsi, de nombreuses collectivités locales, entreprises, associations, et des particuliers, nous sollicitent de plus en plus souvent pour avoir accès aux films primés. Leurs motivations sont très variées : sensibiliser publics internes et externes, illustrer ou ouvrir des débats et des colloques, partager un moment différent autour de la question du handicap avec d'autres parents, etc.



La troisième édition a donné lieu à une séance publique qui fut une réussite. Comment voyez-vous évoluez ce Prix du public ?

Gilles Barbier :
Je tiens particulièrement à l'expression du public parce que souvent, ce dernier, a une longueur d'avance sur les décideurs. Son choix dans la sélection peut rendre visible l'évolution des mentalités et des représentations. En 2007, la participation du public a été réduite à une seule séance certes, mais quelle séance ! Elle s'est déroulée dans les salons d'honneur de la Ville de Lyon. Il y avait une ambiance formidable et le public a salué par une ovation le film « Mon petit frère de la lune ». En 2007 nous avons reçus plus de 137 films qui représentent, pour la direction artistique, plus de 60h de visionnage et d'échanges !



Le festival national du court métrage Handica a le soutien depuis l'origine du groupe Apicil. Que vous apporte aujourd'hui ce partenariat ?

Gilles Barbier :
Pour le festival, le groupe Apicil n'est pas un sponsor mais un véritable partenaire. Sans lui et le soutien du salon Handica, il aurait été beaucoup plus compliqué et délicat de créer un festival comme celui-ci. Il nous fallait un partenaire que la thématique n'effraye pas et qui en perçoive toute la richesse. C'est le cas du groupe Apicil dont le soutien actuel est consacré au développement du Festival à travers la création du site Internet et de la vidéothèque en ligne. Ces outils vont permettre au festival de remplir, entre deux éditions, sa mission sociale et éducative auprès de publics précis et, grâce à Internet, auprès du grand public. Les entreprises et les institutions pourront consulter facilement des programmes pédagogiques préétablis pour des publics types (scolaires, étudiants, entreprises, etc.) ou de thématiques transversales (intégration scolaire, insertion professionnelle, intégration sociale, loisirs, accessibilité, etc....). Enfin, tout internaute pourra, avec des mots clés, obtenir la liste des films correspondant à ses centres d'intérêt ou à un type de handicap précis. Ce projet est très important car il donnera à voir à terme la diversité des représentations du handicap. Et il est unique en France et en Europe par son ambition.

Prix du Public 2007